Marie est une voisine de Jeannette. Elles habitent à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre et se voient régulièrement. Marie est née en 1926 à Dourmap, un hameau de la commune de Plouider. Mon père est né, lui aussi, à Dourmap (en 1934). La famille de Marie et celle de mon père se connaissaient et se fréquentaient ; ce qui fait qu’aujourd’hui, Jeannette entretient un lien particulier avec Marie et que de mon côté, je suis très attentif à son témoignage.
Marie est donc née en 1926 à Dourmap, dans la commune de Plouider, un hameau à trois kilomètres au sud ouest du bourg ; on y comptait une dizaine de fermes avant la Seconde guerre mondiale.
Marie a vécu à Plouider jusqu’au au milieu des années 1980, d’abord dans la ferme familiale de Dourmap, puis dans une autre ferme avec son mari à Guingamprou. Après, elle s’est installée au Folgoët avec son mari qui travaillait dans les services de la commune jusqu’à son décès.
Avec Marie, nous avons beaucoup parlé de la vie des familles paysannes à Plouider avant et après la Seconde guerre mondiale.
Elle ne cache pas la brutalité des rapports entre les riches (bourgeois.es de Lesneven, propriétaires terriens,…) et les pauvres, mais aussi au sein même des familles (entre homme et femmes, vieux.lles et jeunes), et de manière plus lointaines entre les urbain.es (en villégiature à Brignogan, commune limitrophe de Plouider) et les ruraux.les (les gens de Plouider).
Société paysanne
Dans le premier entretien que j’ai fait avec Marie, en xx, je lui ai demandé de me parler de la vie économique dans les fermes de Dourmap durant sa jeunesse (avant la seconde guerre mondiale, donc).
Dans la ferme familiale, on pratique l’engraissement des porcelets ; c’est une activité qui répond à une recherche de profit. Le processus est
- Marchand : on achète et on vend les porcelets aux marché Saint Renan, Lesneven et Landivisiau
- Non marchands : les porcelets sont nourris avec les produits de la ferme (il n’exsite pas des fournisseurs des aliments pour animaux) ; la main d’œuvre est familiale et travaillent sans contrepartie monétraire (pas de salaire).
Les relations de voisinage sont importantes et sont présentes dans les activités économique :
- Au moment des moissons, les besoins exceptionnels de main d’œuvre exceptionnelle sont comblés par des échanges réciproques de travail entre voisins de Dourmap.
- le four de la ferme familial est mis à la disposition des voisins sans contrepartie monétaire.
Si les échanges de travail et de services entre voisins et au sein de la famille sont sans contreparties monétaires, cela ne veut pas dire qu’elles sont contreparties du tout car elles génèrent des liens d’obligation et de réciprocité, et actualise des statuts.
J’ajoute que le récit de Marie n’est pas un témoignage brut mais un récit structuré son propre savoir élaboré par son expérience et ses connaissances.
Le breton de Marie
Marie est originaire de Plouider et Jeannette de Plouguerneau ; une vingtaine de kilomètres séparent les deux communes, cela peut être suffisant pour induire quelques variations infradialectales entre leur breton. A cela s’ajoute, qu’il y a entre Marie et Jeannette une différence d’âge de 20 ans, cela, aussi peut être source de variations, surtout dans une période où le breton disparaît de la scène linguistique basse-bertonne.
Enfin, évidemment, Marie et Jeannette piochent arbitrairement dans le répertoire du breton de leur environnement, les formes phonologiques, morpho-syntaxiques et lexicales, particulières qui feront la singularité de leur style.
Les traits communs : Jeannette et Marie partagent les spécificités dialectales du breton du Léon. Mais ces spécificités s’appliquent de manière plus étendue chez Marie :
- Métathèse singulière de Marie : inversion du suffixe de l’imparfait : /ez ea/ ← /ez ae/, » il allait »
- Contamination : /lekeat/ ← /lakaet/ ; contamination de la première voyelle du participe passé du verbe lakaat qu’on n’entend pas chez Jeannette.
Des traits distinctifs :
- Intervocalique /z/ chez Marie et /d/ de Jeannette : /ez ea/ chez Marie, /ed ja/ chez Jeannette
- Imparfait de bezañ (situation) : la forme /evedo/ ou /vedo/ fréquente chez Jeannette est rare chez Marie qui préfère /ez edo/
- Prononciation de Meurlarjez (Mardi gras) : /mulharʒɛs/ pour Marie, /mœr’larʒɛs/ pour Jeannette
- Neutre : Marie utilise le neutre (verbe suffixé -r) mais pas Jeannette. Marie dit /ez ear/ : « on allait »
Singularités :
- Marie emploie le terme eizhteiz (dix-huit), plutôt rare en breton (la forme standard de dix-huit est tric’hwec’h).
Le breton de Marie
Les traits communs avec le breton de Jeannette
- Inversion :
- Suffixe de l’imparfait /-e/ : ez ea ← ez ae – « il allait »
- Chute du /r/ intervocalique dans : /peta/ ← /petra/, « quoi »
- Contamination (et inversion) : /lekeat/ ← /lakaet/
- z <
- <-
Des traits distinctifs
- Intervocalique z/d : /z/ chez Marie, /d/ de Jeannette – /ez ea/ : « il allait »
- Pas de /ez edo/ chez Marie, /evedo/ ou /vedo/ chez Jeannette
- Prononciation de Meurlarjez (Mardi gras) : /mulharʒɛs/ pour Marie, /mœr’larʒɛs/ pour Jeannette
- Utilisation du neutre dans la conjugaison : ez ear : « on allait »
Singularités :
- Eizhteiz : dix-huit (et non tric’hwec’h).
Marie est une voisine de Jeannette. Elles habitent à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre et se voient régulièrement.
Marie est née en 1926 à Dourmap, un hameau de la commune de Plouider où il y avait, alors une dizaine de fermes dont celles où est né mon père en 1934. La famille de Marie et celle de mon père se connaissaient et se fréquentaient ; ce qui fait qu’aujourd’hui, Jeannette entretien un lien particulier avec Marie.
J’ai donc fait plusieurs enregistrements audios avec Marie.
Marie a été paysanne puis agricultrice jusqu’aux années 1980, date à partir de laquelle elle s’est installée au Folgoët avec son mari qui travaillait dans les services de la commune jusqu’à son décès.
Dans les récits de Marie, le travail de la terre, la propriété de la terre, la vie dans les fermes, les alliances familiales ont beaucoup d’importance.
Avec Marie, se dessinent une géographie paysanne marquée au loin par les villes de marché et de foires, et auj plus proches par les lieux du quotidien (les moulins, les lavoirs, l’école au bourg…).
Marie chronique la vie paysanne en Basse-Bretagne juste avant la grande transformation des années 1950-1960.
Elle témoigne aussi des inégalités, et parfois des rapports brutaux entre les riches et les pauvres.
Son style de récit est celui de la chronique qui ne manque pas de mises au point sur les rapports de domination dans la société paysanne basse-bretonne.
- Activité agricole à la ferme :
- agriculture faiblement marchande
- reproduction du groupe domestique
- espace social de l’entraide et de la réciprocité (eur sakre ekip)
2 – alimentation festive
3 – les femmes : les enfants, la sexualité, rôle politique dans le groupe social
4 – rapport de domination : la toute puissance des propriétaires fonciers (avant la grande réforme du statut du fermage)
interaction
- Alimentations festives (pastès du mardi gras, repas des moissons,…)
- Les foires et marchés (bétail, tissu,…)
- …
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