Pastès et Mardi gras

J’ignorais qu’on fêtait Mardi gras dans le Léon.

Alors que j’interroge Jeannette sur les Noëls et les jours de l’an de sa jeunesse à Lilia, elle évoque un rituel du Mardi gras dont je n’avais jamais entendu parler : les familles de Lilia préparaient des pastèchou qu’elles échangeaient entre voisins.

Le pastès est une brioche traditionnelle du Léon… En fait, ce n’est pas vraiment une brioche : la texture du pastès est plus dense, plus serrée que celle d’une brioche ; sa couleur est plus jaune-crême ; sa croûte, plus sombre ; son goût plus doux, plus riche ; et sa forme aussi est singulière : la pâte est pliée sur elle-même…  On peut y ajouter des raisins ou des pruneaux secs.

Aujourd’hui, le pastès est un objet de consommation ordinaire ; c’est une viennoiserie qu’on achète dans les boulangeries du Léon, comme on achèterait des croissants, des pains au chocolat.

Mais cela n’a pas toujours été le cas.

Durant, la jeunesse de Jeannette (dans les années 1950-1960), les pastèchou étaient consommés de manière rituelle : au moment de Mardi gras, les familles préparaient la pâte des pastèchou chez elles, et quand elles n’avaient pas de four, elles les faisaient cuire chez une famille voisinne qui en avait un, ou chez les boulangers ; une fois cuits, ces pastèchou étaient offerts aux voisins, et réciproquement, les voisins offraient ceux qu’ils avaient préparés.

Marie, une amie de Jeannette, avec qui j’avais parlé, il y a quelques années, m’avait dit que chez elle (à Plouider, à une dizaine de kilomètres de Lilia), c’est à Pâques que l’on faisait le pastès à la maison, et aussi au moment des communions solennelles des enfants (Pask kentañ, en breton, c’est-à-dire Premières Pâques).

Il est curieux de voir comment, le pastès, cette petite viennoiserie ordinaire des boulangeries du Léon, était, il y a quelques générations à peine, un objet hautement ritualisé.

Ces gestes du Mardi gras (préparer des pastechou et les offrir aux voisins) n’ont pas été actualisés par d’autres rituels dans la société léonarde contemporaine.

Présentation du pastès