Mouvement breton et la langue bretonne

La société bretonne n’est pas restée sans réagir face à l’opposition institutionnelle faite au breton. Elle a fait preuve de créativité pour soutenir ses langues (breton et gallo), en particulier au sein de ce qu’on appelle le mouvement breton ; mais que d’efforts pour des résultats, souvent réussites, toujours fragiles.

Qu’est-ce le mouvement breton ?

Sous le terme de « mouvement breton » (en breton, on parle de l’Emsav), on réunit tous les individus, groupes d’individus qui chacun.es dans son domaine (artistique, culturel, économique, politique, social) œuvrent spécifiquement pour le développement de la Bretagne, conçue comme une entité à part entière (nation ou région, selon les positionnements des un.e.s des autres) ; parmi ces acteur.es certain.es se reconnaissent comme membres du mouvement, d’autres, non.

Les acteurs de la société bretonne (associations, entreprises, partis et institutions ploityiques)  contribuent inégalement au développement du breton ; sur le terrain les associations font le plus gros effort.

Associations : quasi-service public de la langue bretonne

Les associations jouent un rôle clé dans le domaine de la langue bretonne ; elles sont très nombreuses sur le territoire (y compris hors de Bretagne) ; elles assurent un quasi-service public de la langue bretonne

  1. Enseignent : créé en 1977 , le réseau des écoles associatives Diwan scolarise  en breton, aujourd’hui près de 4 000 enfants de l’école maternelle au lycée. Au-delà de leur activité pédagogique, les écoles Diwan ont un effet d’entrainement et mobilisateur dans toute la société bretonne avec des évènements comme Ar redadeg (la course) qui mobilise des milliers de personnes pour contribuer au financement des écoles mais aussi des projets d’autres associations bretonnes.
  2. Médias brittophones :
    • Trois radios monolingues brittophones : Arvorig FMRadio Kerne,et Radio Naoned ; deux radios bilingues breton/français : Radio Bro Gwened et Radio Kreiz Breizh ; une radio propose des contenus en gallo : Plum FM 
    • Presse : des journaux monolingues bretons (tous deux issus d’entité associatives) : Bremañ (mensuel), Ya! (quotidien), et des publications pour les enfants (Louarnik et Rouzik).
  3. Animation culturelle : un ensemble d’associations couvrent le territoire breton et assurent le rôle de centre culturel où le breton est un axe majeur de leur activité ; citons le réseau des  « Maisons de pays – Ti ar vro » : Ti ar Vro Bro Leon (Lesneven), Ti ar Vro Bro Gwened (Vannes), Ti ar Vro Gwengamp (Guingamp),… jusqu’à Paris (Ti ar vretoned)
  4. Les maisons d’édition qui publient des ouvrages en langue bretonne (littérature, essai,…) sont pour l’essentiel, des associations. Citons :

Entreprises et société de médias

Les grands titres de la presse régionale  (Le Télégramme, Ouest-France) accordent peu de place au breton (une page par semaine).  

Pour la télévision, des chaînes privées locales existent qui donnent une place à des émissions et à la création en breton ; en particulier les chaînes TBO et Tébésud du groupe Télégramme. On peut parler encore de Brezhoweb créée par Lionel Buannic (un ancien de TV Breizh) qui est une chaîne 100 % breton sur le web.

Politique (partis et institutions)

Parmi les partis politiques, seuls les partis régionalistes (au premier rang desquels l’UDB) portent dans leur agenda une action prioritaire pour les langues bretonne et gallèse. Par un jeu d’alliance avec des partis de gauche (socialistes, écologistes), l’UDB peut être représentés dans les assemblées régionales, départementales et dans les communes bretonnes.

  1. Partis régionalistes. Le parti régional breton (UDB – Union Démocratique Bretonne) https://www.udb.bzh/ propose une politique linguistique en bonne et due forme pour le breton. A l’Assemblée Nationale, Paul Molac, député du Morbihan, proche de l’UDB porte avec pugnacité le projet politique du développement de la langue bretonne.
  2. Partis nationaux. Dans les partis politiques traditionnels nationaux, le soutien à aux langues régionales (et donc au breton) est floue, en tout cas il n’est prioritaire dans aucun de leur agenda

Les institutions politiques régionales (Conseil régional de Bretagne, Conseils généraux des départements bretons, mairies et conseils municipaux) portent des volets de politiques, ou par des dispositifs soutiennent le développement de la langue bretonne.

  1. le Conseil régional de Bretagne conduit une politique linguistique pour le breton et le gallo de l’ordre de 10 millions d’euros par an
  2. Les Conseils généraux des départements de Bretagne contribuent au développement du breton (soutien financier aux associations et aux écoles, aide à la formation,…)
  3. Dans les communes, le soutien des élu.es pour le breton est inégal.

Sisyphe

Le mouvement culturel est très créatif, et ses succès sont d’autant plus remarquables qu’ils se font dans un contexte institutionnel national qui lui est peu favorable, parfois hostile.

Or, il s’avère que toutes ses réussites sont toujours incertaines. Jamais rien n’est acquis. L’actualité récente fournit un exemple de cette réalité : en juin 2025, la coopérative Coop Breizh a été placée en liquidation judiciaire avec cessation immédiate de ses activités. Or depuis 1957, la Coop Breizh diffusait une grande partie de la production des maisons d’édition en langue bretonne. La fin de Coop Breizh un coup dur pour l’édition bretonne et met son avenir en péril. 

La disparition d’institutions comme coop breizh montre que jamais rien n’est acquis dans le mouvement culturel breton, et qu’il faut souvent reconstruire ce qui paraissait être solidement établi… un destin de Sisyphe.

Quelle langue bretonne ?

Comme on l’a dit précédemment, la codification de la langue bretonne a été une opération difficile compte tenu des variétés dialectales sur le territoire de la langue bretonne. On a abouti à une forme conventionnelle de breton (peurunvan) qui est celle la plus utilisée dans le mouvement breton. Malheureusement, les brittophones qui ont appris le breton en et qui ne sont pas aux variétés dialectales autres que la leur, peuvent se sentit étranger.es au breton parlé dans le mouvement breton.

Cependant, au niveau local, partout en Bretagne, les associations et les personnalités emblématiques des territoires mettent en valeur avec fierté le breton de leur pair. Au niveau local, il y a, donc, une complicité entre le public brittophones et les acteur.ices locaux.ales du mouvement breton.

La production artistique en langue bretonne
La production artistique en langue bretonne est le fer de lance du mouvement breton. Ecrire, composer, faire du cinéma, en breton, c’est toujours militant. Per Jakes Elias écrivait : « brezhoneg eo ma bro », c’est-à-dire :  le breton, c’est mon pays.
Justement, Per Jakez Elias, figure emblématique du mouvement breton avec l’évènement de la publication en 1976, de son livre  « Marc’h al loc’h », « le Cheval d’orgueuil » : entre 1976 et aujourd’hui, le livre de d’Helias a été vendu à 1.5 millions d’exemplaires ; c’est une publication évènement parce que le livre a donné une visibilité exceptionnelle de la Bretagne, et surtout a donné beaucoup de fierté aux brittophones, et aux breton.nes (qu’ils ou qu’elles aient ou non lu le livre).
Il faudrait pouvoir citer tou.tes les écrivain.es, chanteur.ses, cinéastes dont la production en langue bretonne a fait briller la culture et la langue bretonnes au-delà de la Bretagne et a eu un impact considérablement positif sur le regard que les bretons et les bretonnes portent sur eux-mêmes.
Dans le domaine de la chanson en langue bretonne (traditionnelle, contemporaine), la création est foisonnante et rayonne au-delà de la Bretagne. Des artistes comme Alan Styvell, donnent une visibilité exceptionnelle du breton, et jouent essentiel au sein du mouvement breton.
Pour en savoir plus dans le domaine, on peut consulter :
Littérature en breton : Francis Favereau, « Littérature bretonne au XXe siècle », en quatre volumes aux éditions Skol Vreizh;
– Un aperçu du cinéma en breton depuis les années 1930, sur le site de La Cinémathèque de Bretagne : https://www.cinematheque-bretagne.bzh/autour-des-films-e-brezhoneg-1219-33-0-0.htmlMusiques et chansons en breton