{"id":1774,"date":"2025-12-08T13:40:36","date_gmt":"2025-12-08T12:40:36","guid":{"rendered":"https:\/\/didier.ywo.fr\/?page_id=1774"},"modified":"2025-12-08T13:52:52","modified_gmt":"2025-12-08T12:52:52","slug":"violence-faite-aux-locuteurs-et-locutrices-du-breton","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/didier.ywo.fr\/index.php\/violence-faite-aux-locuteurs-et-locutrices-du-breton\/","title":{"rendered":"Violence faite aux locuteurs et locutrices du breton"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand on parle avec des personnes brittophones dont le breton est la langue maternelle, elles \u00e9voquent souvent le regard de m\u00e9pris qu\u2019elles ressentaient sur elles en raison de leur langue per\u00e7ue comme un obscurantisme, en soi. Il pesait sur elles une sorte d\u2019opprobre&nbsp;dont elles ont voulu se d\u00e9faire en cessant de parler leur langue maternelle. Cet opprobre est la manifestation d\u2019une violence symbolique qu\u2019on ne nomme jamais tout-\u00e0-fait. Il me para\u00eet important de bien le dire ici.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Violence symbolique<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans tout ce dont je viens de parler dans la partie pr\u00e9c\u00e9dente (\u00ab\u00a0Exclusion, d\u00e9fiance, m\u00e9pris\u00a0: la langue bretonne mise \u00e0 mal dans la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise\u00a0\u00bb), il est, en fait, question d&rsquo;exclusion, de d\u00e9fiance, de m\u00e9pris subis par des personnes, des personnes brittophones. Ce qui est d\u00e9crit dans ces quelques paragraphes, ce sont les m\u00e9canismes d\u2019un r\u00e9gime de violence symbolique faite au personnes brittophones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">D\u2019o\u00f9 vient cette violence&nbsp;? Sans doute, d\u2019une forme de x\u00e9nophobie de l\u2019int\u00e9rieur&nbsp;: rejet des populations originaires des r\u00e9gions non-francophones de la R\u00e9publique fran\u00e7ais (auparavant provinces de l\u2019Ancien r\u00e9gime)&nbsp;; ce rejet est d\u00e9sormais nettement att\u00e9nu\u00e9 en raison du quasi-ach\u00e8vement de l\u2019unit\u00e9 linguistique de la Nation.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Violence symbolique, \u00e7a veut dire que le vecteur de la violence n\u2019est pas physique (coups, privation, mauvais traitement) mais symbolique (exclusion, m\u00e9pris, d\u00e9dain des cultures et des personnes). Mais les finalit\u00e9s restent les m\u00eames&nbsp;: agir sur les personnes pour contraindre leur corp, leur esprit, leur vie sociale, les d\u00e9poss\u00e9der de leur propre souverainet\u00e9 sur eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">De ce point de vue, la disparition de la langue bretonne dans le paysage linguistique breton, est le r\u00e9sultat de violences faites aux personnes brittophones et de l\u2019efficacit\u00e9 des dispositifs symboliques (repr\u00e9sentation, langage, sch\u00e9mas d\u2019interaction interpersonnelle) mis en \u0153uvre pour r\u00e9duire leur singularit\u00e9. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Ch\u00e2timents corporels<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Parfois, cette violence exc\u00e8de le registre du symbolique et se fait plus concr\u00e8te, se manifestant sous forme de maltraitance physique.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les \u00e9coles de Bretagne, au 20<sup>e<\/sup> si\u00e8cle, les enseignant.es ont eu recours \u00e0 des ch\u00e2timents corporels pour r\u00e9primer l\u2019usage du breton par les \u00e9l\u00e8ves brittophones.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Jean L. que j\u2019ai rencontr\u00e9 en mai 2019, m\u2019en a fait le t\u00e9moignage. Le breton est sa langue maternelle. Quand il fait sa premi\u00e8re rentr\u00e9e \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940, \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Plouguerneau (\u00e9cole catholique), il a entre 6 et 7 ans et il ne conna\u00eet pas le fran\u00e7ais, ou si peu. \u00c9videmment, il est perdu dans ce lieu o\u00f9 les ma\u00eetres parlent fran\u00e7ais et l\u2019obligent \u00e0 parler dans cette langue qu\u2019il ne comprend pas. Pour lui faire bien prendre conscience que le breton est interdit dans l\u2019\u00e9cole, quand les ma\u00eetres le surprennent \u00e0 parler breton, ils le punissent en lui frappant avec une r\u00e8gle sur les doigts. Quand Jean L. me raconte ces \u00e9v\u00e8nements, il mime le geste des doigts tendus et frapp\u00e9s et la douleur qui en suit. Je lui dis que ses ma\u00eetres \u00e9taient brutaux ; il r\u00e9pond qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas juste brutaux, ils \u00e9taient cruels (kriz).<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le r\u00e9cit de Jean L. ne laisse pas de doute sur la nature r\u00e9pressive et violente du rapport des institutions avec les brittophones, y compris les enfants\u2026 Et ici, l\u2019institution r\u00e9pressive, ce n\u2019est pas l&rsquo;\u00e9cole de l\u2019Etat fran\u00e7ais, mais l&rsquo;\u00e9cole de l\u2019Eglise catholique.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Pas d\u2019histoire<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce qui est frappant dans l\u2019effacement du breton dans la soci\u00e9t\u00e9 bretonne, c\u2019est qu\u2019on pourrait vivre aujourd\u2019hui, en Basse-Bretagne et presque ne pas savoir \u00e0 quel point le breton y a \u00e9t\u00e9 une langue d\u2019usage massif et parfois m\u00eame exclusif, il y a quelques d\u00e9cennies encore. &nbsp;\u00c7a, c\u2019est une premi\u00e8re chose\u2026 La seconde, c\u2019est qu\u2019on pourrait aussi ne pas savoir \u00e0 quel point la r\u00e9pression de la pratique du breton, par le m\u00e9pris, le d\u00e9dain, la p\u00e9joration et l\u2019exclusion a \u00e9t\u00e9 violente et douloureuse pour les brittophones au point qu\u2019ils et elles n\u2019ont pas voulu parler leur langue maternelle \u00e0 leurs enfants.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Il est vrai que les personnes qui ont v\u00e9cu cette violence symbolique vis-\u00e0-vis de leur langue, vis-\u00e0-vis d\u2019elles-m\u00eames, ne veulent pas trop en parler, ou ne pas en parler comme \u00e7a\u2026 Et \u00e7a, c\u2019est malheureusement le signe de la pleine r\u00e9ussite de la violence qu\u2019il leur aura \u00e9t\u00e9 faite.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quand on parle avec des personnes brittophones dont le breton est la langue maternelle, elles \u00e9voquent souvent le regard de m\u00e9pris qu\u2019elles ressentaient sur elles en raison de leur langue per\u00e7ue comme un obscurantisme, en soi. 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